ECI-2008 : Méthodologie

Auteur(s): 
N. Trocmé, B. Fallon, B. MacLaurin et coll.

L’ECI 2008 est la troisième étude nationale portant sur l’incidence des signalements de cas de violence et de négligence envers les enfants au Canada. Le présent résumé comporte une description de la méthodologie de l’ECI-2008 et une analyse de ses points forts, de ses limites et de ses effets sur l’interprétation des estimations.

Échantillonnage

L’échantillon de l’ECI-2008 a été déterminé en trois étapes (figure 1) : 1) un échantillon représentatif des secteurs de services de protection de l’enfance, chargés de mener les enquêtes liées aux mauvais traitements chez les enfants au Canada; 2) les cas traités ont été échantillonnés sur une période de trois mois au sein des secteurs sélectionnés; et 3) les enquêtes sur les enfants qui répondaient aux critères de l’étude ont été ciblées parmi les cas échantillonnés.

Figure 1

 

Formes de mauvais traitements compris dans l’ECI-2008

La définition de la maltraitance des enfants dans le cadre de l’ECI-2008 englobe 32 formes de mauvais traitements groupées dans cinq catégories : 1) violence physique; 2) abus sexuel; 3) négligence; 4) violence psychologique; et 5) exposition à la violence conjugale. Cette classification correspond à une définition assez générale de la maltraitance et comprend plusieurs formes qui ne sont pas expressément énoncées dans certaines lois provinciales et territoriales (p. ex. négligence éducative). L’ECI-2008 permettait de répertorier jusqu’à trois formes de mauvais traitements pour chaque enquête.

Mauvais traitements faisant l’objet d’une enquête par opposition à mauvais traitements corroborés

L’étape de l’enquête est conçue pour déterminer si l’enfant a réellement été maltraité. L’ECI se sert d’un système de classification à trois niveaux pour les incidents faisant l’objet d’une enquête sur des mauvais traitements : 1) corroboré; 2) non corroboré; 3) soupçonné. Ce dernier niveau apporte une distinction objective importante dans les cas où il n’y a pas suffisamment de preuves pour corroborer la maltraitance, mais où il est impossible de l’exclure.

Une enquête liée aux mauvais traitements est menée sur des allégations précises de mauvais traitements et aussi sur des allégations de risque de futurs mauvais traitements. L’enquête sur les risques fait référence aux situations dans lesquelles aucun incident particulier de maltraitance ne s’est encore produit, mais où les circonstances indiquent que l’enfant court un risque important de subir de mauvais traitements (par exemple, lorsque la personne qui s’occupe de l’enfant a des problèmes de toxicomanie). Ces estimations figurent au chapitre 3 du rapport de l’ECI-2008.

Les cas de mauvais traitements corroborés comprennent les situations dans lesquelles la maltraitance d’un enfant a été confirmée (ou vérifiée) après une enquête. Les mauvais traitements corroborés comprennent les cas de mauvais traitements confirmés. Ces estimations figurent aux chapitres 4 et 5 du rapport de l’ECI-2008. L’ECI-2008 a été retravaillée pour répertorier les enquêtes sur les mauvais traitements par opposition aux cas faisant l’objet d’une enquête seulement pour évaluer le risque de futurs mauvais traitements. Les enquêtes sur les mauvais traitements corroborés des cycles antérieurs de l’ECI peuvent comprendre certains cas où il y avait un risque de futurs mauvais traitements; c’est la raison pour laquelle les cycles antérieurs de l’ECI ne peuvent être comparés à l’ECI-2008.

Instrument

Comme les procédures d’enquête varient considérablement d’un endroit à l’autre au Canada, l’un des principaux problèmes à surmonter lors de la conception des instruments de l’ECI 2008 a été de relever les éléments communs à l’ensemble des provinces et des territoires qui permettraient d’obtenir des données standardisées. Vu les contraintes de temps auxquelles font face les travailleurs des services de protection de l’enfance, il fallait également que les instruments soient aussi concis et aussi simples que possible.

Le principal instrument de collecte de données utilisé pour l’étude était le Formulaire d’évaluation des mauvais traitements de l’ECI 2008 (au Québec : le Formulaire d’évaluation des mauvais traitements au Québec). Le formulaire était rempli par le principal travailleur enquêteur des services de protection de l’enfance à la fin de chaque enquête sur la maltraitance d’enfants. Le formulaire de collecte de données comprenait une feuille de renseignements préliminaires, une feuille de renseignements sur le ménage et deux feuilles de renseignements sur l’enfant identiques.

Le Formulaire d’évaluation des mauvais traitements de l’ECI 2008 a été adapté à partir des instruments de collecte des données de l’ECI 2003, de l’ECI-1998, et de l’Étude sur l’incidence de l’Ontario 1993 (OIS 1993) afin de maximiser les comparaisons entre les cycles de l’étude. Un des principaux défis associés à la mise à jour des instruments entre les cycles consistait à trouver le juste équilibre entre le maintien de la comparabilité tout en apportant les améliorations requises fondées sur les observations des cycles antérieurs. Les changements apportés à l’instrument de collecte des données ont reposé sur une étude sur la validation des dossiers, des groupes de consultation sur la validation, et une étude de fiabilité de test retest. Ces changements ont été réalisés en étroite collaboration avec le Groupe de travail sur la recherche et incluaient : 1) l’ajout d’une série de questions conçues pour différencier les enquêtes sur les mauvais traitements des cas où il y a des risques de futurs mauvais traitements; 2) une procédure plus détaillée permettant de déterminer la relation entre chaque enfant et la personne qui s’en occupe à la maison; 3) une question plus élaborée concernant la sécurité du logement; 4) une nouvelle question sur la mesure de la pauvreté; 5) des codes des mauvais traitements plus précis en ce qui a trait à la violence conjugale et 6) des catégories revues quant aux mauvais traitements psychologiques. La version définitive de l’instrument de collecte des données est présentée à l’annexe F du rapport de l’ECI-1998.


Procédures de collecte et de vérification des données

Des chercheurs ont été désignés pour coordonner la formation et la sélection des cas dans chacun des bureaux ou organismes visés par l’ECI-2008, et ils se sont rendus régulièrement (six fois en moyenne) dans ces lieux pour recueillir les formulaires, répondre aux questions et surveiller le déroulement de l’étude. Les formulaires étaient remplis au moment où les travailleurs terminaient leur rapport écrit sur l’enquête puis ils faisaient l’objet de deux vérifications visant à assurer l’exhaustivité et la cohérence des renseignements indiqués. Le taux global de participation s’est élevé à 96 % et le taux de réponse a été supérieur à 98 % pour la plupart des questions.
Méthode d’estimation : pondération, double compte des cas, et erreurs d’échantillonnage

On a combiné les pondérations de régionalisation et d’annualisation de manière à multiplier chaque cas d’abord par une pondération d’annualisation, puis par une pondération de régionalisation. Les estimations de l’incidence nationale ont été calculées en divisant les estimations pondérées par la population d’enfants. Les données de la population d’enfants des centres et des strates sont basées sur les données du recensement de 2006 de Statistique Canada.

Bien que les principales estimations de l’ECI-2008 reposent sur un échantillon relativement important de 15 980 enquêtes portant sur des mauvais traitements envers des enfants, les erreurs d’échantillonnage sont principalement attribuables à la variabilité qui caractérise les 112 centres. Ces erreurs ont été calculées en tenant compte du fait que la population observée avait été stratifiée et que les unités primaires d’échantillonnage (ou les centres) avaient été choisies au hasard à même chaque strate.

Procédures éthiques

Les protocoles et procédures en matière de collecte et de traitement des données de l’ECI-2008 ont été examinés et approuvés par le Comité de déontologie de l’Université de Toronto, de l’Université McGill et de l’Université de Calgary. L’autorisation écrite de participer au processus de collecte des données a été obtenue des directeurs provinciaux et territoriaux de la protection de l’enfance ainsi que des administrateurs ou des directeurs de chaque centre. Lorsqu’un centre participant était doté d’un processus d’examen déontologique, l’étude était également évaluée par ce centre. Le Comité consultatif des Premières nations de l’ECI 2008, qui arbitrait les questions liées à la propriété et au contrôle autochtones pendant le projet, avait le mandat de s’assurer que l’ECI-2008 respecte autant que possible les principes de propriété, de contrôle, d’accès et de possession (PCAP). Le Comité consultatif est chargé de l’approbation et de l’orientation des analyses de données liées aux Premières nations et des comparaisons potentielles avec les centres non autochtones.

Limites de l’étude

Même si tous les efforts sont fournis pour que les estimations de l’ECI-2008 soient précises et fiables, plusieurs limites inhérentes à la nature des données recueillies doivent être prises en compte : 1) en raison des changements apportés à la façon dont les cas où il y a un risque de futurs mauvais traitements sont désignés dans l’ECI 2008, les comparaisons entre les cycles de l’étude doivent être faites avec précaution; 2) les pondérations utilisées pour obtenir les estimations annuelles comprennent le nombre d’enfants ayant fait l’objet d’une enquête plus d’une fois pendant l’année, par conséquent, l’unité d’analyse utilisée pour les estimations pondérées est l’enquête axée sur l’enfant par opposition à un enfant faisant l’objet d’une enquête; 3) l’ECI répertorie les renseignements pendant les six premières semaines pour les cas signalés, toutefois, il y avait de légères différences provinciales et territoriales quant à cette période; 4) les données du Québec n’ont pas pu être incluses dans certains tableaux en raison des procédures différentes de collecte des données; 5) dans certains cas, la taille des échantillons était trop petite pour obtenir des estimations publiables; 6) l’ECI répertorie uniquement les rapports d’enquêtes des centres de protection de l’enfance et ne prend pas en considération les rapports sur les cas rejetés, les cas qui ont seulement fait l’objet d’une enquête par les services de police et les cas qui n’ont jamais été signalés; et 7) l’étude est fondée sur des évaluations fournies par les travailleurs enquêteurs des services de protection de l’enfance et elles ne pouvaient pas être vérifiées par une source indépendante. Pour des mises à jour et de plus amples renseignements sur l’ECI-2008, visitez le Portail canadien de la recherche en protection de l’enfance à www.cwrp.ca et la section des blessures et de la violence envers les enfants de l’ASPC à www.phac-aspc.gc.ca/cm-vee/public-fra.php.

Référence suggérée: 

Résumé par Lise Milne. Adapté de Trocmé, N., B. Fallon, B. MacLaurin, V. Sinha, T. Black, E. Fast, C. Felstiner, S. Hélie, D. Turcotte, P. Weightman, J. Douglas et J. Holroyd. « Méthodologie», dans Agence de la Santé publique du Canada. Étude canadienne sur l’incidence des signalements de cas de violence et de négligence envers les enfants – 2008 : Données principales. Ottawa, 2010.