Plusieurs trajectoires de resignalement pour maltraitance lorsque les signalements se produire avant l’âge de 8 ans

Date de publication: 
02/27/2016
Source: 

Proctor, L. J., Aarons, GA., Dubowitz, H., English, D., Lewis, T., Thompson, R., Roesch, SC. (2012). Trajectories of maltreatment re-reports from ages 4 to 12: Evidence for persistent risk after early exposure. Child Maltreatment, 17(3), 207-217.

Revu par: 
Mireille De La Sablonnière-Griffin
Résumé: 

La présente étude examine les trajectoires de resignalement pour maltraitance des enfants de 4 à 12 ans  à risque élevé qui ont fait l’objet d’un premier signalement aux services de protection de l’enfance avant l’âge de 4 ans pour les mêmes raisons. Le but de cette étude était double; en premier lieu, les auteurs voulaient identifier les sous-groupes d’enfants en fonction de leurs trajectoires de resignalement en se basant sur le moment et la fréquence de ces derniers; d’autre part, ils souhaitaient déterminer les caractéristiques (évaluées au point de référence, à l’âge de quatre ans) qui permettaient de prédire les différentes trajectoires de resignalement établies dans le cadre du premier objectif.

En utilisant un modèle de croissance mixte (MCM), les auteurs ont classé 501 enfants du Consortium for Longitudinal Studies de Child Abuse and Neglect (LONGSCAN) en quatre groupes en fonction des trajectoires de resignalement : 

Catégorie 1 : Pas de resignalement (n = 165; 33 %);
Catégorie 2 : Resignalements continus (n = 52; 10 %);
Catégorie 3 : Resignalements intermittent (n = 184; 37 %);
Catégorie 4 : Premiers resignalements avant l’âge de 8 ans seulement (n = 100; 20 %).

Ces résultats montrent que les deux tiers des enfants ont fait l’objet d’un resignalement pendant la période de suivi de 8 ans, soit lorsqu’ils étaient âgés de 4 à 12 ans. Une autre constatation importante est que, dans l’ensemble, le taux de resignalement diminuait au fil du temps, les enfants de 4 à 6 ans étant plus nombreux à faire l’objet d’un resignalement que ceux de 10 à 12 ans.

Les chercheurs ont ensuite utilisé des régressions logistiques multinomiales pour examiner la relation l’appartenance à une catégorie de resignalement et un ensemble de variables prédictives en fonction du type de placement, des mauvais traitements pendant la petite enfance, du soignant, des caractéristiques relatives au domicile évaluées à quatre ans et les variables de contrôle (tiré de la LONGSCAN). 

Plusieurs des facteurs évalués à quatre ans ont été associés à l’appartenance à une des catégories comprenant plus de resignalements, comme le fait de vivre avec un parent biologique/beau-parent à 4 ans, la dépression du soignant et le manque de soutien social, un donneur de soins plus âgé, et le nombre d’enfants à la maison. En outre, certains de ces facteurs semblent distinguer les enfants appartenant à la catégorie des resignalements avant l’âge de 8 ans seulement de ceux de la catégorie des resignalements chroniques continus. Les enfants appartenant à la catégorie des resignalements continus étaient plus susceptibles que ceux de la catégorie des resignalements avant l’âge de 8 ans seulement et que ceux de la catégorie sans resignalement d’avoir fait l’objet d’un signalement pour maltraitance physique et de vivre avec un donneur de soins qui faisait un usage excessif de l’alcool, alors que ces caractéristiques ne distinguaient pas les enfants de ces deux dernières catégories. Ces résultats suggèrent que la violence physique et l’usage excessif d’alcool par le donneur de soins peuvent être liés au resignalement continu pour maltraitance envers les enfants. Les chercheurs ont associé la pauvreté des familles avec l’appartenance à une des trois catégories comprenant des resignalements comparée à l’appartenance à la catégorie sans resignalement, mais cette variable ne distinguait pas les enfants des trois catégories comprenant des resignalements, ce qui indique que la pauvreté semble être un facteur prédictif général de resignalement qui ne permet pas de distinguer les signalements survenant avant l’âge de 8 ans de ceux qui sont chroniques.

Ces résultats indiquent qu’une baisse globale des taux de resignalement au fil du temps peut masquer l’existence de sous-groupes d’enfants qui, en réalité, font l’objet de resignalements persistants au fil du temps, comme ceux appartenant aux catégories de resignalements continus et intermittents de cette étude. Bien que ces résultats ne soient pas généralisables à l’ensemble de la population d’enfants recevant des services de protection de l’enfance (SPE) en raison du signalement initial avant l’âge de 8 ans et du critère de risque élevé qui a déterminé l’inclusion dans la présente étude, il est extrêmement important d’en tenir compte du point de vue clinique. Ces résultats portent sur un groupe peu étudié d’enfants à haut risque (ayant fait l’objet d’un signalement pendant leur petite enfance) avec lesquels les professionnels de la protection de l’enfance sont susceptibles d’interagir et qu’ils sont susceptibles de prendre en charge, et soulignent le fait que le risque de resignalement semble rester présent pendant une période plus longue (8 à 12 ans après le 1er signalement) que ce qu’on a découvert antérieurement.

Notes méthodologiques: 

Les données utilisées pour ces analyses ont été tirées des sous-échantillons nord-ouest (NO) et sud-ouest (SO) du Consortium for Longitudinal Studies de Child Abuse and Neglect (LONGSCAN). Seuls les cas comprenant des données pour un minimum de 3 moments dans le temps sur les 5 possibles ont été inclus dans les analyses (32 cas exclus, qui ne diffèrent pas des cas non exclus en ce qui a trait aux principales variables démographiques). Ainsi, 501 enfants qui ont fait l’objet d’un signalement auprès des SPE avant l’âge de 4 et qui ont été soit placés en famille d’accueil pendant au moins 5 mois (sous-échantillon SO), soit considérés à risque d’être resignalés si aucune intervention des SPE n’était mise en œuvre (sous-échantillon NO) ont été inclus dans l’étude.