Soins habituels comparés à une approche englobante : une étude à répartition aléatoire en Ontario

Date de publication: 
09/26/2016
Source: 

Browne, D., Puente-Duran, S., Shlonsky, A., Thabane, L., & Verticchio, D. (2014). A randomized trial of wraparound facilitation versus usual child protection services. Research on Social Work Practice, 26(2), 168-179, doi:10.1177/1049731514549630

Revu par: 
Emmaline Houston
Tara Black
Résumé: 

Pour évaluer les modèles de services de protection de l’enfance (SPE), les auteurs de la présente étude se sont penchés sur l’efficacité de l’intervenant utilisant l’approche englobante par rapport aux services habituels de protection de l’enfance sur une période de 20 mois. Le modèle englobant est un processus de planification qui intègre des influences socioculturelles et contextuelles en mettant en lien les enfants et leurs soignants avec un ensemble unique d’organismes de services et de soutien existants.  

Les chercheurs ont évalué 805 familles ayant fait l’objet d’une enquête corroborée pour maltraitance envers les enfants entre 2007 et 2009 dans trois sociétés d’aide à l’enfance (SAE) du sud de l’Ontario pour vérifier leur admissibilité à la présente étude. Les familles étaient inadmissibles si le signalement impliquait des actes de violence conjugale graves, ou si le travailleur social avait indiqué qu’il y avait peu de chances de réunification parents-enfants. Sur les 306 enfants et donneurs de soins approchés, 44 pour cent ont accepté de participer (n = 135) et ils ont été affectés aléatoirement au groupe d’intervention (mise en œuvre du modèle englobant) ou au groupe témoin (prestation de services de protection habituels). Les chercheurs ont émis l’hypothèse que les enfants et les familles du groupe d’intervention amélioreraient davantage leur fonctionnement puisque le processus englobant est un modèle de soins complets. Ils ont mesuré six aspects du fonctionnement de l’enfant et de la famille : 1) détresse psychologique du soignant; 2) stress parental; 3) ressources de la famille; 4) déficiences fonctionnelles; 5) forces comportementales et psychologiques; 6) étapes du développement. Les six aspects ont été mesurés à l’aide de l’échelle Kessler 10, de l’échelle de stress parental, de l’échelle de ressources pour les familles, de l’échelle d’évaluation fonctionnelle pour enfants et adolescents, de l’échelle d’évaluation du comportement et des émotions 2e édition et du questionnaire sur les âges et les étapes. Toutes les familles ont été évaluées en utilisant les six mesures au début de la recherche et lors du suivi au 20e mois.

Les familles du groupe d’intervention ont été affectées à un intervenant utilisant une approche englobante qui était un travailleur social détenteur d’une maîtrise et formé au modèle. L’intervenant rencontrait la famille afin de comprendre ses objectifs ainsi que les facteurs critiques à aborder tout au long de l’intervention, comme les déterminants sociaux de la santé. Après une rencontre avec le travailleur social, les enfants et les soignants, une équipe personnalisée était mise sur pied. Elle comprenait des personnes pouvant offrir du soutien formel et informel comme des amis et des membres de la famille élargie. Cette équipe devait se réunir pendant deux à cinq heures une fois par semaine pendant vingt mois, et les résultats étaient consignés tout au long du processus. Les familles du groupe témoin ont reçu des soins standards de la part des SPE comme indiqué dans les Normes de protection de l’enfance en Ontario (2007). Les normes actuelles exigent que les travailleurs et les familles soient en contact une fois par mois et qu’une réévaluation formelle ait lieu tous les six mois. Les familles des deux groupes ont évalué leurs plans de soins à l’aide de l’indice global de fidélité (IGF) qui valide la mise en œuvre et la présence des processus de style englobant.

L’effet de l’intervention a été évalué en utilisant des analyses selon le principe de l’intention de traiter. Les effets de l’intervention (englobante c. soins habituels) et le temps (au début et lors du suivi 20 mois après) ont été examinés à l’aide d’un modèle mixte 2x2 pour l’analyse de variance (ANOVA). Entre le début et le suivi après 20 mois, les familles du groupe d’intervention et du groupe témoin avaient des réunions régulières, hebdomadaires ou mensuelles respectivement. Cependant, le taux de participation des familles à ces réunions est inconnu du lecteur. Les chercheurs ont constaté une amélioration similaire pour les enfants et leur donneur de soins dans les deux groupes lors du suivi au 20e mois pour toutes les variables dépendantes. Les soins fournis aux deux groupes ont été évalués en ce qui a trait à la présence du processus englobant, en utilisant l’indice global de fidélité (IGF). L’IGF suit la mise en œuvre de 10 éléments essentiels du modèle. Les réponses du groupe témoin indiquaient que les composantes de l’approche englobante étaient présentes dans les soins habituels. Les auteurs ont noté que la présence de processus de style englobant dans le groupe témoin peut avoir contribué aux raisons pour lesquelles il n’y avait aucun avantage supplémentaire observable pour les familles du groupe d’intervention ayant un intervenant utilisant l’approche englobante. En effet, l’intervenant utilisant l’approche englobante n’a pas apporté d’importants avantages mesurables aux enfants et à leurs donneurs de soins dans le groupe d’intervention par rapport au groupe témoin, quelles que soient les conditions. Des recherches supplémentaires doivent être menées pour explorer ces résultats. 

Notes méthodologiques: 

Les études relatives à la protection de l’enfance à l’aide d’essais cliniques à répartition aléatoire sont rares au Canada. Lorsque l’étude est à répartition aléatoire, les biais sont réduits et la confiance en la relation de cause à effet est supérieure. Les auteurs ont effectué une étude clinique à répartition aléatoire à simple insu avec dissimulation et stratification sur trois sites. Le processus de sélection du cadre d’échantillonnage et le nombre final de familles participantes devraient être expliqués plus en détail pour plus de clarté. Les auteurs ne précisent pas comment les cas de maltraitance envers les enfants pour les premières 805 références ont été corroborés, puisque les SAE ne consignent pas la corroboration, seulement la vérification. Alors que 89 familles sur 805 référées ont été comptabilisées comme étant inadmissibles, 410 familles supplémentaires n’ont pas été approchées pour des raisons inconnues.