L’intervention appelée Attachment and Biobehavioural Catch-up (ABC) [interventions concernant l’attachement et le rattrapage biocomportemental] est-elle efficace auprès d’une population d’enfants pris en charge par la protection de l’enfance?

Date de publication: 
02/06/2017
Source: 

Lind, T., Bernard, K., Ross, E. and Dozier, M. (2014). Intervention Effects on Negative Affect of CPS-referred Children: Results of a Randomized Clinical Trial. Child Abuse & Neglect, 38(9), 1459-1467. 

Revu par: 
Megan Pratt
Tara Black
Emmaline Houston
Résumé: 

Objet de l’étude et intervention: Les enfants pris en charge par les services de protection de l’enfance (SPE) qui vivent des expériences négatives pendant la petite enfance sont plus à risque d’avoir une régulation inadéquate du comportement et d’éprouver des problèmes physiologiques et d’affect négatif. Les parents jouent un rôle clé en aidant leurs enfants à s’adapter et à développer des capacités de régulation. Beaucoup de parents orientés vers les SPE  ont besoin d’aide pour apprendre à adopter des comportements de soutien qui renforcent la capacité de l’enfant de s’autoréguler. Les interventions Attachment and Biobehavioural Catch-up (ABC) [interventions concernant l’attachement et le rattrapage biocomportemental] aident les parents à se comporter de façon protectrice, synchrone et non effrayante. Les auteurs de la présente étude visaient à évaluer l’efficacité de l’intervention ABC sur l’expression des affects négatifs chez les enfants orientés vers les SPE.

Échantillon: Les intervenants ont orienté les parents et 404 enfants vers les chercheurs après leur prise en charge par les SPE en raison d’allégations de mauvais traitements. L’échantillon final ayant participé à l’intervention était composé de 117 enfants et de 112 parents biologiques (5 parents avaient deux enfants qui participaient à l’étude). Les critères d’inclusion étaient les suivants : enfants pris en charge par les SPE, âgés de moins de deux ans au moment de l’orientation et vivant avec leurs parents biologiques.

Après avoir obtenu le consentement des familles pour la participation à l’étude, les chercheurs ont assigné ces dernières au hasard au groupe d’intervention expérimentale (ABC) ou au groupe témoin (éducation développementale destinée aux familles : EDF). Des enfants ont été exclus avant la participation pour les raisons suivantes : difficulté à contacter la famille pour des visites pré-intervention, retrait de l’enfant de la garde de ses parents et déménagement de la famille à l’extérieur de la région. Il n’y avait pas de différence significative entre les enfants des deux groupes en ce qui concerne l’âge, le sexe ou le statut de minorité. De la même façon, il n’y avait pas différence significative en ce qui a trait à l’âge, au niveau de scolarité, ni au statut de minorité des parents.

Intervention: Les parents des deux groupes ont participé à dix séances de formation dirigées par des parents formés au coaching. Les séances étaient basées sur des manuels structurés et étaient menées au domicile des familles. Les parents du groupe d’intervention ABC recevaient fréquemment de la rétroaction immédiatement afin d’améliorer leur compréhension, ainsi que des commentaires après avoir été filmés sur vidéo. Les séances d’intervention d’EDF étaient axées sur l’amélioration des compétences motrices, cognitives et langagières.

Suivi et mesures: Le calendrier de suivi de l’étude comprenait une visite à domicile environ un mois après l’intervention, ainsi que des visites annuelles post-intervention. Cent quatre-vingt-trois enfants ont été retenus pour le suivi. Parmi ces enfants, la majorité (117) a participé à l’évaluation des résultats relatifs à la régulation de l’affect négatif. Cette évaluation appelée Tool Task [tâche à réaliser avec un outil] est une procédure comportant une interaction parent-enfant conçue pour évaluer l’expression émotionnelle des enfants au cours d’une tâche difficile. Les vidéos des enfants évalués lors de l’exécution de trois tâches à réaliser avec un outil ont été codées à l’aveugle d’après le Revised Manual for Scoring Mother Variables in the Tool-Use Task  à l’aide d’échelles de la colère, de la colère envers le parent, et de la tristesse/colère générale. Les variables pour l’analyse ont été créées en transformant les scores de l’échelle en scores z. Les codeurs ont déterminé la fiabilité inter-évaluateurs avant le codage et 21 pour cent des cassettes vidéo ont été codées deux fois pour mieux évaluer leur fiabilité.

Résultats: Les analyses de variance concernant la variable composite de l’affect négatif ont montré que, par rapport au groupe témoin, les enfants du groupe d’intervention ABC présentaient des niveaux inférieurs d’expression de l’affect négatif sur les échelles de la colère, de la colère envers le parent et de la tristesse/colère générale. Ces résultats suggèrent qu’un bref programme d’intervention à un jeune âge pourrait être efficace pour aider les enfants à développer leur capacité de régulation de l’affect négatif.

Notes méthodologiques: 

Cette étude représente une contribution importante à la littérature sur la protection de l’enfance en raison de son modèle aléatoire, de l’échantillon communautaire à haut risque déterminé par le système de protection de l’enfance et du recours à une évaluation fondée sur des observations en aveugle. Cependant, plusieurs limites existent. Les auteurs de l’étude ne précisent pas si les intervenants ont orienté tous les cas au cours d’une période donnée. Ils n’avaient pas accès aux dossiers des SPE et étaient donc incapables de mesurer le motif de l’orientation ni l’histoire des autres facteurs de risque. Comme les auteurs visaient à intervenir auprès des familles indépendamment du statut de corroboration et n’avaient pas fait de prétest, ils étaient incapables de déterminer si les différences en matière de risque atténuaient l’efficacité de l’intervention. En outre, ils n’ont pas utilisé d’outils d’évaluation clinique validés. Les étapes de l’intervention destinée au groupe témoin EDF ne sont pas entièrement décrites; le lecteur n’est donc pas certain de l’intervention que ces familles ont reçue. Enfin, les auteurs ont omis de divulguer que le développeur du modèle d’intervention ABC était l’un des auteurs de cette étude.