Caractéristiques familiales et facteurs de risque liés aux aidants chez les familles faisant l’objet de dépistages chroniques pour négligence

Date de publication: 
05/22/2018
Source: 

Logan-Greene, P., & Semanchin Jones, A. (2017). Predicting chronic neglect: Understanding risk and protective factors for CPS-involved families. Child & Family Social Work: 1-9. https://doi.org/10.1111/cfs.12414

Revu par: 
Mireille De La Sablonnière-Griffin
Résumé: 

Cette étude porte sur les cas de négligence chronique des services de protection de l’enfance. Elle comportait les deux objectifs principaux suivants : 1) comparer les facteurs de risque et de protection des cas de négligence chronique à ceux de négligence ponctuelle; 2) étudier la capacité prédictive d’un outil d’évaluation des risques de négligence chronique couramment utilisé (aux États-Unis). Dans cette étude, la négligence chronique est définie comme la répétition (4 ou plus) des rapports de dépistage de négligence dans des services de protection de l’enfance.

L’étude a porté sur deux sous-échantillons créés à partir de dossiers administratifs. Le premier sous-échantillon (sans négligence chronique) était constitué de familles qui ont fait l’objet d’un premier rapport de négligence au cours d’une période de deux ans (2009 et 2010), sans rapport subséquent de négligence jusqu’à la fin de 2014 (n = 1 644 familles). Le deuxième sous-échantillon (négligence chronique) comprenait des familles qui, en plus d’un premier rapport de négligence en 2009 ou en 2010, ont fait l’objet d’au moins quatre autres signalements de négligence avant la fin de 2014 (n = 430 familles).

En ce qui concerne le premier objectif, aucun des quatre facteurs de protection recensés grâce à l’outil d’évaluation des risques ne différait significativement entre les groupes de négligence ponctuelle et de négligence chronique. Cependant, sur le plan statistique, plusieurs facteurs de risque distinguaient les deux sous échantillons. Les familles qui avaient des antécédents chroniques de dépistage pour négligence comprenaient une jeune femme considérée comme la principale personne qui prenait soin des enfants, un plus grand nombre d’enfants, et leur nombre d’allégations dans le rapport initial était plus élevé que celui des autres familles; ajoutons que ces familles étaient aussi plus susceptibles de comprendre un enfant de moins d’un an et dont la garde d’un enfant était confiée à une tierce personne; en dernier lieu, les taux de violence conjugale, de problèmes de santé mentale et de déficience cognitive étaient plus élevés dans ces familles que dans les autres. Puisque les volets d’évaluation des risques ont été établis empiriquement comme étant des facteurs de risque de négligence et, de façon générale, d’abus chez les enfants, les résultats obtenus illustrent le rôle important que ces facteurs jouent dans la compréhension des familles faisant l’objet de rapports chroniques pour négligence.

En ce qui concerne le deuxième objectif, l’étude fait ressortir une capacité de prévision relativement faible de l’outil d’évaluation des risques de négligence chronique. La cote préliminaire qu’a générée cet outil permet d’établir la distinction entre les familles où la négligence est chronique et celles où elle est ponctuelle (contrôle de l’âge de la femme considérée comme la principale personne prenant soin des enfants et du nombre d’enfants), puisqu’elle a classé correctement 79,4 % des enfants de l’échantillon. Cela dit, la cote de risque finale (après répartition en risques faibles, moyens, élevés ou très élevés) n’a pas permis de prédire la négligence chronique. Ces résultats laissent entendre que les outils d’évaluation des risques peuvent contribuer à établir la distinction entre les groupes aux signalements chroniques les plus et les moins élevés, mais que leur efficacité décroît s’il s’agit de cerner des nuances plus subtiles aux fins de prévision de la négligence chronique.

L’étude s’ajoute à la littérature émergente sur l’identification des indicateurs précurseurs de négligence chronique. Étant donné les conséquences éventuellement très préjudiciables de la négligence chronique, la détection précoce est de plus en plus reconnue comme un volet important du mandat des services de protection de l’enfance. Cette étude souligne néanmoins qu’il faut raffiner les outils actuels tant en matière d’intervention dans le cas des types particuliers de mauvais traitements que des modèles de maltraitance au fil du temps.

Notes méthodologiques: 

Les données de ces analyses ont été tirées des dossiers administratifs d’« un vaste territoire diversifié du Nord-Est » sans précision supplémentaire. Soulignons que malgré la disponibilité des données sur les origines raciales et ethniques, les schémas de données manquantes étaient associés à l’ampleur de la participation à la protection de l’enfant et n’étaient donc pas utilisés dans ces modèles (c’est-à-dire que les dossiers des enfants dans le sous-échantillon de négligence ponctuelle étaient plus susceptibles d’omissions relatives à la race et à l’origine ethnique que ceux des enfants du sous-échantillon de négligence chronique).

Les quatre facteurs de protection évalués sont les suivants : recours à une aide fiable et constructive des parents/amis, attentes appropriées relatives au développement de l’enfant, réponse pertinente aux besoins de l’enfant et sérieux accordé aux allégations. La majeure partie de l’échantillon (plus de 95 %) a obtenu un score positif pour les quatre facteurs de protection, ce qui soulève des questions sur l’exactitude de la mesure des éléments.