Une étude utilisant une illustration de cas indique que les cliniciens ne sont pas sensibles à l'utilisation des techniques d'entrevue suggestive dans les enquêtes d'abus sexuels envers les enfants

Date de publication: 
10/08/2009
Source: 

Finnila-Tuohimaa, K., Santtila, P., Sainio, M., Niemi, P., & Sandnabba, K. (2009). Expert judgment in cases of alleged child sexual abuse: Clinicians' sensitivity to suggestive influences, pre-existing beliefs and base rate estimates. Scandinavian Journal of Psychology, 50, 129-142.

Revu par: 
Delphine Collin-Vézina
Résumé: 

Les recherches récentes ont porté sur les processus d'enquête de cas d'abus sexuels envers les enfants. Elles ont démontré que les techniques d'entrevue suggestive comme des questions suggestives, l'induction de stéréotypes et le ton émotionnel peuvent déformer l'exposé des enfants et donc remettre en question leur témoignage en cour. Cette étude vise à examiner les facteurs qui influencent le jugement des experts dans les cas d'abus sexuels des enfants ainsi que la conscience que le clinicien a de l'effet des techniques d'entrevue suggestive. Les participants ont lu un cas d'inceste qui aurait été perpétré par un père sur sa fille. Cependant, d'autres documents subséquents relatifs au cas variaient, il s'agissait notamment d'ajouts de transcriptions d'entrevues et de recours à des techniques d'entrevues suggestives. En tout, il y avait 16 combinaisons différentes d'éléments. Les participants ont ensuite évalué la crédibilité du cas en se basant sur diverses dimensions (p. ex., le cas devrait faire l'objet de poursuite, l'auteur présumé devrait être déclaré coupable, etc.). Les participants ont indiqué leur formation clinique et leur expérience des cas d'abus sexuels envers les enfants. Ils aussi utilisé des échelles afin d'évaluer les attitudes et les croyances envers les enfants victimes d'abus sexuels et le système de justice criminelle ainsi que la connaissance des taux de prévalence de l'inceste.

En tout, 320 travailleurs sociaux, psychologues et psychiatres finlandais œuvrant auprès d'enfants ont participé à cette étude. Les résultats montrent que 1) la présence de questions suggestives dans les transcriptions de l'entrevue avec l'enfant faisait passer l'estimation de la crédibilité du cas de 78 % à 63 %, mais qu'aucune des autres techniques suggestives n'a d'effet sur l'évaluation des cliniciens; 2) étonnamment, ni l'absence ni la présence des transcriptions, ni le nombre de techniques suggestives utilisées par l'interviewer n'influençaient l'évaluation de la crédibilité; 3) il n'y avait pas de relation solide entre la formation clinique, l'expérience du clinicien en matière de cas d'abus sexuels chez l'enfant et l'évaluation effectuée; 4) les attitudes et les croyances envers le système de justice provictimes et anticriminelle influençaient l'évaluation de la crédibilité des cas même lorsqu'on tenait compte du nombre de techniques suggestives (les croyances provictimes expliquaient presque un vingtième de la variance de la crédibilité); 5) l'estimation des participants du taux de prévalence de l'inceste n'avait pas de rapport avec leurs jugements. Dans l'ensemble, cette étude montre que les attitudes et les croyances influencent la perception que les cliniciens ont de la crédibilité des cas d'abus sexuel, alors que la présence des techniques d'entrevue suggestive dans les transcriptions ainsi que la formation du clinicien, son expérience des cas d'abus et sa connaissance de l'inceste ont peu de répercussions sur son jugement. Les auteurs concluent que les résultats sont inquiétants puisque les cliniciens ne semblent ni connaître ni appliquer les données probantes récentes montrant l'influence négative des techniques d'entrevue suggestive auprès des enfants victimes d'abus sexuels.

Notes méthodologiques: 

The study addressed an important clinical issue, which is expert judgement of clinicians on child sexual abuse investigations. The sample size was reasonable considering the research questions and the data analysis strategies (between-subjects factorial design). Its major limitation is related to the use of case scenarios to assess the clinicians' judgement. Although cases were created to be as realistic as possible (a real case was used as the basis of all scenarios), clinicians were not asked to provide their judgement in real-life settings. It is therefore difficult to know if results are generalizable to real-case situations for which clinicians have access to more on-hand and in-depth information. In addition, the basis of all cases involved a 6-year-old girl victim and her father as the suspected perpetrator. Results might have differed if cases had involved victims of different age groups and genders and perpetrators of different relationships with the alleged victim. The study was conducted in Finland and the results may not be transferable to other countries since child sexual abuse investigation training might differ. The assessment of the factors that impact clinicians' judgement in real-life situations that involve different types of child sexual abuse cases should be considered in future research across countries.