L’autonomie survivaliste représente à la fois une adaptation et un danger pour les jeunes qui grandissent sans être pris en charge

Date de publication: 
11/16/2009
Source: 

Samuels, G.M., & Pryce, J.M. (2009). “What doesn’t kill you makes you stronger”: Survivalist self-reliance as resilience and risk among young adults aging out of foster care. Children and Youth Services Review, 30, 1198-1210.

Revu par: 
Jonathan D. Schmidt
Résumé: 

La recherche fait état des mauvais résultats (p. ex., psychosociaux, éducatifs, criminels, etc.) des jeunes qui grandissent sans recevoir de soins de protection pendant leur enfance et les chercheurs qui se penchent sur la protection de l'enfance ont commencé à étudier la façon dont les relations qui apportent un soutien améliorent les résultats de ces jeunes. Pour mieux comprendre « l’identité des jeunes à la fois en santé et résilients ainsi que les difficultés potentielles qu’ils peuvent éprouver lorsqu’ils établissent des liens informels et mutuellement réconfortants jusqu’à l’âge adulte » (p. 1199), les chercheurs ont effectué des entrevues semi-structurées auprès de 44 jeunes (âgés de 20 ans en moyenne). Cet article explore le thème de « l’autonomie survivaliste » qui été défini pendant les entrevues. Sur les 20 jeunes encore pris en charge, seulement trois étaient placés en famille d’accueil; les autres, bien que techniquement « pris en charge », avaient diverses modalités de vie indépendante. La majorité des jeunes étaient pris en charge depuis plus de six ans et avaient vécu moins de trois placements. Les participants ont décrit de nombreuses expériences de traumatismes et de perte en plus de l’abus et de la négligence qui ont mené à leur retrait (p. ex., décès de membres de la famille, abus pendant la prise en charge, arrestation, incarcération et sans-abrisme).

Le thème le plus important était que « les jeunes se disaient autonomes, souvent avec fierté, et se décrivaient comme des survivants » (p. 1201). Ce thème ressortait de façon évidente dans les conseils qu’ils dispensaient aux autres jeunes, dans le sens qu’ils attribuaient à leur vie, dans leur optimisme envers l’avenir et dans leur croyance selon laquelle les seuls obstacles au succès à l’âge adulte étaient d’ordre personnel (p. ex., être trop fier ou trop indépendant pour demander de l’aide ou pour en accepter). L’autonomie survivaliste semblait être une réaction à la tension que les jeunes ressentaient entre le fait de se sentir seul/indépendant et dépendant des services de protection de l'enfance, d’où l’impression de ne pas maîtriser leur propre vie ou de ne pas avoir de pouvoir. Les chercheurs ont déterminé trois mécanismes inter reliés qui contribuent au sentiment d’autonomie survivaliste : le fait d’avoir prématurément un statut d’adulte, de grandir sans parents et la fierté relative à la négation de la dépendance. Le statut prématuré d’adulte tenait aux faits que les jeunes compensaient pour les parents qui fonctionnaient moins bien que la normale, qu’ils ne recevaient pas suffisamment d’aide de la part des intervenants en protection de l'enfance ou qu’ils grandissaient sans être pris en charge. Les jeunes ont rapporté que le fait de grandir sans parents les rendait différents des autres et qu’ils n’avaient pas de sécurité ni de soutien, ce qui les forçait à devenir indépendants et autonomes. Ils ont exprimé de la fierté à renier la dépendance lorsqu’ils ont décrit la douleur psychologique passée qui était devenue une source de force et ont fait un lien entre la dépendance et le risque de vulnérabilité. Les jeunes ont reconnu que la fierté pouvait les empêcher de chercher de l’aide. Par ailleurs, leur description du service reçu était souvent centrée sur l’aide instrumentale (services utilisés à des fins matérielles, mais évitement d’engagement émotif). Par exemple, ils ont déclaré que la douleur émotionnelle était d’ordre privé et ils avaient tendance à penser que seules les personnes faibles avaient besoin de thérapie.

Les auteurs suggèrent que les services de protection de l'enfance doivent : 1) accorder la priorité à « l’interdépendance en tant que solution de rechange visée à l’âge adulte et … examiner les suppositions concernant la façon dont le sens du lien avec les autres s’établit indépendamment des expériences des jeunes et des jeunes adultes ayant des antécédents de placement » (p. 1208); 2) offrir des programmes de vie autonome qui visent bien plus que l’autosuffisance économique; 3) favoriser et améliorer les relations réconfortantes tout en reconnaissant que l’encouragement des relations de confiance chez les jeunes qui ont survécu à la maltraitance peut demander du temps et de la persévérance.

Notes méthodologiques: 

Researchers used a multi-systemic Extended Case Method, which locates participants’ case histories in a broader context. Analysis was grounded in Critical Theory, an approach which recognizes that socio-political structures both facilitate and constrain individual knowledge, action, and growth. To ensure analytic rigor the authors debriefed weekly with interviewers, maintained an audit trail, and solicited critical reviews from researchers not involved with the study in order to consider alternative interpretations.

Participants were selected from a larger longitudinal study, The Midwest Evaluation of Adult Outcomes of Former Foster Youth (Courtney et al., 2005), which analyzed the effects of extending care services for youth in Illinois until age 21 through comparisons with the experiences of youth in Wisconsin and Idaho who cannot remain in care beyond age 18. Latent class analysis was used to classify the larger study’s sample of 732 into subpopulations based on employment, grade retention, parenthood, problem behaviours, type of placement, placement stability, and runaway history. A stratified sample was then randomly selected to ensure that diversity of experiences, race/ethnicity and rural/urban were represented. Females were slightly overrepresented (61% of the current sample versus 51% of the larger study).