Une étude canadienne démontre que les mères identifiées comme étant négligentes interprètent avec distorsion les émotions et comportements de leurs enfants

Date de publication: 
02/07/2008
Source: 

Hildyard, K. & Wolfe, D. (2007). Cognitive processes associated with child neglect. Child Abuse & Neglect, 31, 895-907.

Revu par: 
Jonathan D. Schmidt
Résumé: 

La négligence est l’une des formes les plus courantes de mauvais traitement des enfants. Toutefois, peu d’études ont été consacrées sur les voies pouvant y mener. La recherche sur l’attachement démontre des divergences dans la perception et la réaction à l’égard des émotions de leurs enfants chez des parents ayant des styles d’attachement différents. Selon la théorie, les mères identifiées comme étant négligentes par les autorités de protection de l’enfance ont une inaptitude sur le plan de l’interprétation de l’information; c’est-à-dire, elles ne détectent pas les besoins signalés par leur enfant, elles interprètent de façon erronée les besoins signalés par leur enfant, elles n'adoptent pas de réponse comportementale aux besoins de leur enfant ou elles négligent d'exécuter leur réponse choisie aux besoins de leur enfant. Cette étude semble être la première à comparer les perceptions de mères identifiées comme étant négligentes avec celles d’autres mères en matière d'indices socio-émotionnels des besoins des enfants, d’attributions concernant le comportement des enfants et de la capacité de se rappeler de renseignements sur le parentage. Les mères identifiées comme étant négligentes (n = 34) avaient été orientées vers l’étude par un organisme de protection de l’enfance; elles ont fait l’objet, au cours des trois dernières années, d’enquêtes corroborées de négligence chronique (sans allégations de violence physique ou sexuelle) d’enfants âgés de moins de trois ans. Les mères du groupe de comparaison (n = 33) avaient été orientées vers l’étude par un organisme communautaire et choisies en fonction des critères suivants : l’âge de leur enfant; un revenu inférieur au seuil de la pauvreté; aucun contact antérieur avec un organisme de protection de l'enfance; aucun item lié au mauvais traitement dans le Conflict Tactics Scale -- Parent-Child Version. On a trouvé chez les mères du groupe « négligence » des antécédents plus graves de mauvais traitements subis à l’enfance, comparativement aux mères du groupe témoin. Lors d’une tâche standardisée sur la perception émotionnelle, les mères du groupe « négligence » avaient beaucoup moins tendance à percevoir de « l'intérêt » chez les enfants, et plus tendance à percevoir de « la peine », « la honte », « autre » et « du dégoût » (même si « le dégoût » était associé aux symptômes de dépression). Les mères du groupe « négligence » avaient plus tendance à donner des réponses non normatives (c.-à-d. des réponses s’inscrivant à l’extérieur de 95 % des perceptions d’un échantillon normatif) et à percevoir les émotions de façon simpliste et catégorique. Lors d'une autre tâche, les mères ont dû lire quatre histoires à thèmes variants portant sur une mère et son enfant (thème lié à l’attachement : le bébé réagit différemment à sa mère comparativement à des étrangers; risque évident : le bébé met de petits objets dans sa bouche; risque ambigu : l'enfant ne peut être calmé, ce qui pourrait suggérer da la douleur ou une maladie; comportement ambigu : le bébé égratigne le visage de sa mère). Les mères devaient ensuite évaluer leurs perceptions à l’égard du scénario et réfléchir à leur réaction possible. Les perceptions à l’égard des scénarios différaient considérablement entre les deux groupes de mères. Particulièrement, pour les scénarios à risque évident et ambigu, les mères du groupe « négligence » ont été plus contrariées par la situation, ont perçu plus de contrôle maternel dans la situation et ont plus souvent attribué que les comportements des enfants étaient entraînés par des facteurs internes et stables (comparativement à des facteurs situationnels et temporels), comparativement aux mères du groupe témoin. Dans une autre tâche de rappel d’information, il n'y avait pas de différences entre les deux groupes de mères, après avoir tenu compte de l’effet de la dépression. Pour résumer, les auteurs ont constaté chez les mères identifiées comme étant négligentes par les autorités de protection de l’enfance des distorsions dans l'interprétation de l'information, ce qui pourrait constituer un facteur de risque pour la négligence. Ils ont conclu que des interventions cognitivo-comportementales pourraient s’avérer prometteuses pour corriger ces distorsions et enrichir le vocabulaire émotionnel des mères.

Notes méthodologiques: 

The study used a cross-sectional group comparison design. Mothers in cases of neglect were identified after the fact and therefore the significant differences may not be risk factors for maltreatment since it is unclear whether they were present prior to child maltreatment. Additionally, the study used photos and scenarios of infants so it is unclear whether these findings can be replicated for mothers found to be neglectful of older children. The study had a fairly small sample size (N= 67) and included a relatively large number of analyses, which increases the likelihood of Type I errors (i.e., concluding that there was a true effect when there actually was not); however, examination of the effect sizes by the authors (generally moderate to large) suggests these are true effects, though replication is needed.