Une étude longitudinale auprès de victimes d’agression sexuelle démontre l’importance de traiter les symptômes de stigma, de dépression et d’anxiété afin de réduire le risque de délinquance

Date de publication: 
05/29/2008
Source: 

Feiring, C., Miller-Johnson, S. & Cleland, C.M. (2007). Potential pathways from stigmatization and internalizing symptoms to delinquency in sexually abused youth. Child Maltreatment, 12, 220-232.

Revu par: 
Delphine Collin-Vézina
Résumé: 

Cette recherche apporte un éclairage novateur sur l’impact d’une agression sexuelle vécue durant l’enfance dans le développement de comportements délinquants à l’adolescence et au début de l’âge adulte. En effet, bien que ce lien ait été démontré dans les recherches antérieures, peu de connaissance n’était acquise quant aux processus impliqués. Plus précisément, cette recherche désirait mettre en évidence les facteurs qui placent les victimes d’agression sexuelle à risque d’adopter d’éventuels comportements délinquants. À l’aide d’une méthodologie longitudinale, cette étude a testé des modèles d’équation structurale qui incluaient différentes variables médiatrices liant les agressions sexuelles et la délinquance. Les variables étudiées étaient : le sentiment de stigmatisation, les symptômes internalisés, les sentiments de colère et l’affiliation aux pairs déviants. Le choix de ces variables était basé sur la théorie traumagénique de l’impact d’une agression sexuelle développée par Finkelhor et Browne (1985). Cent soixante (160) jeunes âgés de 8 à 15 ans forment la cohorte initiale. Ils étaient recrutés dans le cadre d’une investigation pour agression sexuelle vécue récemment (huit semaines ou moins), menée dans la majorité des cas par les services de la protection de la jeunesse (95%). L’agression sexuelle était dans tous les cas jugée fondée. L’échantillon était composé majoritairement de filles (73%), vivant dans une famille monoparentale (67%) et vivant sous le seuil de la pauvreté (64%; 25 000$ ou moins de revenu familial). Les victimes étaient en majorité âgées entre 8 et 11 ans (55%) et étaient d’origine Afro-Américaine (41%). Elles avaient vécu des agressions sexuelles intrusives dans une majorité de cas (66%; pénétration). De ce groupe, 147 jeunes ont été revus un an plus tard, et 121 six ans après l’évaluation initiale. Des questionnaires validés ont permis de recueillir les informations à l’étude. Les résultats des modèles d’équation structurale démontrent que les sentiments de stigmatisation et les symptômes internalisés, mesurés aux temps 1 et 2, sont tous les deux corrélés à la présence de sentiments de colère au temps 3, ce qui influence directement l’affiliation à des pairs déviants et l’adoption de comportements délinquants à ce même temps de mesure. L’affiliation à des pairs déviants a aussi un effet direct sur les comportements délinquants. Le genre de la victime et la sévérité de l’agression sexuelle vécue ont démontré des relations peu significatives dans la prédiction de la délinquance. Cette recherche met en évidence l’importance des interventions ciblées dans le traitement des victimes d’agression sexuelle, et plus précisément celles qui incluent des modules qui visent la réduction des sentiments de stigmatisation et les symptômes internalisés. Sur la base des résultats de cette recherche, il y a lieu de croire que de telles interventions pourraient réduire l’impact d’une agression sexuelle dans le développement de comportements délinquants à l’adolescence et au début de l’âge adulte.

Notes méthodologiques: 

La force de cette recherche réside dans l’utilisation d’une méthodologie longitudinale pour tester un modèle de médiation, ce qui pallie nombre de lacunes notées dans les études corrélationnelles. Le nombre de participants est également appréciable, surtout lorsque l’on prend en considération le nombre d’années écoulées entre l’investigation initiale et le dernier temps de mesure (six ans). Toutefois, il est important de noter que les auteurs n’effectuent aucune analyse pour comparer leur échantillon de départ (160 jeunes) à celui un an plus tard (147 jeunes) et six ans après (121 jeunes). En ce sens, les sujets qui ont refusé de participer, ou qui n’ont pu être retracé, pourraient être différents de ceux qui ont accepté de compléter les questionnaires aux trois temps de mesure.