Research Watch

Plus de 15 % des jeunes pris en charge par les services de protection de la jeunesse aux États-Unis se définissent comme étant lesbiennes, gais ou bisexuels

Année de publication
Revu par
Nico Trocmé
Citation

Dettlaff, A. J., Washburn, M., Carr, L. C., Vogel, A. N. (2018). Lesbian, gay, and bisexual (LGB) youth within in welfare: Prevalence, risk and outcomes. Child Abuse & Neglect, 80, 183-193.

Résumé

Le fait que les jeunes de minorités sexuelles sont surreprésentés, mais ne font pas l’objet d’une attention suffisante par les services de protection de la jeunesse, suscite des préoccupations de plus en plus vives. Cette étude est la première enquête nationale représentative réalisée aux États-Unis sur la prévalence et les besoins d’enfants et d’adolescents issus de minorités sexuelles, ou LGB (lesbiennes, gais et bisexuels), et pris en charge par les services de protection de la jeunesse. À l’aide de données recueillies dans le cadre de la deuxième étude nationale sur le bien-être des enfants et des adolescents (Second National Survey of Child and Adolescent Well-Being [NSCAW-II]), les auteurs ont estimé la taille de cette population et comparé la santé, la santé mentale, le placement et la permanence du projet de vie des jeunes qui la composaient à ceux d’autres enfants et adolescents n’appartenant pas à la communauté LGB. Parmi les 1 095 jeunes de 11 à 17,5 ans qui ont précisé leur orientation sexuelle, près d’un sur six (15,5 %) s’est dit lesbienne, gai ou bisexuel. Après pondération en fonction de la population totale des États-Unis, les auteurs de l’étude ont estimé qu’environ 146 000 jeunes pris en charge par les services de protection de la jeunesse se définissent ouvertement comme étant LGB. Ces jeunes étaient beaucoup plus susceptibles de répondre aux critères définissant les résultats défavorables sur le plan de la santé mentale que des jeunes n’appartenant pas à la communauté LGB. Aucune différence significative n’a été observée au chapitre des facteurs de risque. Au sein de cet échantillon, tant les jeunes qui se définissaient comme LGB que les autres étaient issus de familles très défavorisées dont les parents avaient un faible niveau de scolarité. Ces familles présentaient également un niveau élevé de stress et avaient fait l’objet d’autres signalements pour mauvais traitements. Aucune différence significative n’a non plus été observée entre les deux groupes quant à la nature de la maltraitance ayant fait l’objet d’une enquête, de la permanence du projet de vie et de l’issue du placement. Dans leur analyse des répercussions de ces divers facteurs sur les politiques et les pratiques dans ce domaine, les auteurs soulignent l’importance d’une approche inclusive permettant de répondre aux besoins particuliers des jeunes LGB en matière de prise en charge et de comprendre les multiples aspects de leur identité, notamment pour la planification de la permanence.

Notes méthodologiques

Les données longitudinales de la NSCAW-II ont été recueillies auprès d’un échantillon national représentatif de 5 872 jeunes, de la naissance à 17,5 ans, ayant fait l’objet d’une enquête officielle des services de protection de l’enfance à la suite d’un signalement pour abus ou négligence au cours d’une période de 15 mois en 2008 et 2009. Elles ont été obtenues dans le cadre de trois séries d’entrevues en personne, dont le tiers ont été réalisées environ 36 mois après la première vague de collecte de données. On a demandé à des jeunes âgés de 11 ans et plus lors de la troisième vague de collecte de données de préciser quelle était leur orientation sexuelle parmi les suivantes : 1) totalement hétérosexuel; 2) principalement hétérosexuel; 3) bisexuel; 4) principalement homosexuel; 5) totalement homosexuel; ou 6) non attiré sexuellement par les hommes ni les femmes. Les auteurs ne mentionnent pas le nombre de jeunes qui n’ont pas répondu à la question ou qui ont refusé de le faire. L’étude ne comportait aucune question sur l’identité de genre ou l’expression de genre. En outre, compte tenu du fait que certains jeunes LGB n’étaient peut-être pas à l’aise de révéler leur identité sexuelle, les résultats de cette étude doivent être considérés comme une estimation modeste du nombre de jeunes qui s’identifient ouvertement à la population LGBTQ+. Toutefois, cette étude montre clairement qu’il est possible de s’enquérir de l’identité sexuelle d’enfants et d’adolescents pris en charge par des services de protection de la jeunesse et que, lorsque cette question leur est posée, bon nombre d’entre eux se définissent comme LGB. Il s’agit d’une importante population dont il est essentiel de mieux comprendre les besoins.