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Aux États-Unis, le cas d’un enfant sur sept sera signalé au moins deux fois aux services de protection de l’enfance avant ses 12 ans

Année de publication
Revu par
Mireille De La Sablonnière-Griffin
Citation

Kim, H. and B. Drake (2019). Cumulative prevalence of onset and recurrence of child maltreatment reports. Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 58(12), 1175-1183.

Résumé

Comprendre l’expérience longitudinale des enfants dans le système de protection de l’enfance a toujours été un défi pour les chercheurs du monde entier. Aux États-Unis, des études récentes ont montré que 37,4 % des enfants auront affaire aux services de protection au moins une fois avant leurs 18 ans (Kim et coll., 2017); 12,5 % sont des signalements corroborés (Wildeman et coll., 2014) et 5,9 % seront placés en milieu extrafamilial au moins une fois (Wildeman et Emanuel, 2014). Cet article, qui reproduit certains travaux sur les enquêtes et les signalements corroborés en recueillant des données récentes, les approfondit en analysant des données récentes et en étudiant les enfants qui ont jusqu’à six contacts (enquêtes et cas corroborés sélectionnés) avec le système de protection de l’enfance avant leurs 12 ans.

L’étude estime qu’aux États-Unis, un peu moins du tiers (32,4 %) des enfants font l’objet d’au moins un signalement avant leurs 12 ans. Les résultats confirment que les signalements récurrents sont assez fréquents dans tout le pays : les chercheurs calculent que 13,7 % des enfants ont fait l’objet d’au moins deux signalements, et 7,5 %, d’au moins trois. Ils estiment aussi que 4,5 % d’entre eux (1 enfant sur 22) feraient l’objet d’au moins quatre signalements avant leurs 12 ans, soit environ un enfant par classe.

Environ 1 enfant américain sur 10 fera l’objet d’un signalement corroboré avant ses 12 ans. Même si les taux cumulatifs de prévalence sont beaucoup plus bas que pour le total des signalements (2,8 % pour au moins deux et 0,9 % pour au moins trois cas corroborés), le taux de récurrence est élevé : 27,9 % des enfants ayant fait l’objet d’un signalement corroboré en vivront un deuxième, et jusqu’à 45,1 % des enfants avec cinq cas corroborés en subiront un sixième.

Les taux de première occurrence étaient plus élevés chez les enfants noirs (42,6 % pour les signalements, 14,7 % pour les cas corroborés), hispaniques (29,4 % pour les signalements, 9,3 % pour les cas corroborés) et autochtones (33,8 % pour les signalements, 12,6 % pour les cas corroborés) que chez les enfants blancs (24,2 % pour les signalements, 7,9 % pour les cas corroborés). Cependant, les taux de récidive étaient généralement plus élevés chez les enfants blancs que chez ceux appartenant aux trois autres groupes ethniques. Toutefois, en raison des plus hauts taux de première occurrence chez les Noirs, les Hispaniques et les Autochtones, les taux cumulatifs de deuxième occurrence, corroborée ou non, restaient plus élevés chez ces enfants comparativement aux Blancs. À la sixième occurrence, les taux estimés de signalements et de cas corroborés étaient les plus élevés chez les enfants noirs (2,6 % auront fait l’objet de six signalements, dont 0,105 % corroborés, avant leurs 12 ans).

Notes méthodologiques

Cette étude a utilisé les données du recensement et du National Child Abuse and Neglect Data System (NCANDS) Child File, un système de collecte de données national qui recueille sur une base volontaire les dossiers d’enfants dans le système de protection de l’enfance; les États associent des identificateurs uniques à chaque enfant. Puisqu’il est impossible de suivre le cas d’un enfant d’un État à l’autre, il se peut que le nombre de cas de bas niveau (1 ou 2) soit surestimé, et que les cas de haut niveau (5 ou 6) soient surestimés. Il convient également d’interpréter avec prudence les estimations concernant les enfants autochtones, puisque les deux sources de données présentent des limites importantes : on estime que seulement 43 à 61 % des données sur ces enfants parviennent au système national (Fox, 2003). Finalement, ces données descriptives ne tiennent pas compte du fait que les enfants de couleur, particulièrement les Noirs, sont plus souvent placés milieu extrafamilial que les Blancs, ce qui élimine ou du moins réduit considérablement les communications avec le système de protection de l’enfance (contrairement aux placements, où les contacts sont réguliers).