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L’abus et la négligence comme conséquences de la violence conjugale : constitution en exercice quotidien de dossiers de maltraitance infantile

Année de publication
Revu par
Tareq Hardan
Citation

Henry, C. (2018). Exposure to domestic violence as abuse and neglect: Constructions of child maltreatment in daily practice. Child Abuse & Neglect, 86, 79-88.

Résumé

La définition explicite de l’exposition des enfants à la violence conjugale (EVC) comme type de maltraitance fait défaut aux États-Unis. Des données administratives démontrent que les allégations d’EVC relèvent probablement des types de maltraitance de l’enfant (p. ex., sévices physiques, violences psychologiques et négligence). Cette lacune pourrait nuire à la détermination de la prévalence d’EVC dans les familles qui reçoivent de l’aide sociale à l’enfance et à la réaction des responsables de cette aide relativement à ce phénomène. Elle pourrait également regrouper les allégations d’EVC avec les autres catégories de maltraitance, de sorte que l’estimation de la cooccurrence serait inexacte.

L’étude se penche sur la façon dont les travailleurs assimilent des gestes ou des omissions spécifiques de la part des parents associés aux EVC comme type de maltraitance des enfants, en se penchant sur les étiquettes (types d’allégation) que les travailleurs apposent, les jugements qu’ils portent (classements) et les mesures qu’ils appliquent (interventions). Il ressort des découvertes que l’EVC a déclenché des enquêtes initiales et que les travailleurs ont souvent classé l’EVC allégué comme une violence psychologique comparativement à d’autres types de maltraitance des enfants. Ajoutons que les travailleurs ont documenté des types semblables d’EVC de manières diverses dans les systèmes de données administratives illustrant ainsi qu’ils ne comprenaient pas les lignes directrices en matière d’évaluation et/ou qu’ils ont choisi de ne pas en tenir compte ou encore de ne pas documenter suffisamment la persistance, la gravité, l’effet réel ou éventuel des EVC allégués dans les dossiers. De plus, malgré des preuves importantes selon lesquelles des EVC remplissaient les critères en matière de menace à la sécurité, les travailleurs n’ont pas documenté uniformément l’EVC comme une menace à la sécurité de l’enfant dans leur outil d’évaluation.

Au nombre des répercussions de cette étude, mentionnons : 1) qu’il ne faut pas utiliser seulement les données d’évaluation de la sécurité pour estimer la prévalence des cas d’EVC connus dans les foyers qui ont fait l’objet d’un signalement et d’une enquête; 2) que si la plupart des foyers où des cas d’EVC signalés étaient associés aux services en matière de violence conjugale, l’efficacité de ces services en ce qui a trait aux risques et aux préoccupations connexes en matière de sécurité est très peu connue; 3) le manque d’uniformité des travailleurs en matière de constitution des dossiers d’EVC en raison du chevauchement des tâches (aidant et enquêteur) des employés de l’agence. Il est recommandé dans l’étude que les travailleurs reçoivent davantage de formation pour les aider à évaluer et à documenter avec uniformité les effets indésirables des EVC. Ajoutons que l’agence devrait privilégier les collaborations entre les systèmes des États et des communautés pour s’assurer que tous les membres des familles reçoivent le soutien dont ils ont besoin.

Notes méthodologiques

Cette étude descriptive met en lumière le besoin d’instaurer de nouvelles politiques et lignes directrices pour améliorer la documentation et les interventions en ce qui concerne les EVC dans les services de protection de l’enfance et autres. Une analyse des études de cas au moyen d’une méthode mixte en trois étapes a été menée. Des données qualitatives et quantitatives ont été extraites pour créer une base de données récapitulative des dossiers. Ces dossiers proviennent des services de protection de l’enfance de la Californie/systèmes de gestion des cas (CWS/CMS) et d’évaluations en matière de risques pour le bien-être de l’enfant dans l’outil de prise de décision structurée (WebSDM). Un échantillon aléatoire de 295 foyers sur 2 051 dossiers sélectionnés a été examiné. Ces dossiers ont été transmis à la California Public Welfare entre le 1er juillet 2011 et le 30 juin 2012 et ont fait l’objet d’une enquête.

Il est recommandé de poursuivre les recherches pour mieux comprendre les retombées des facteurs associés aux agences et aux travailleurs sur la constitution de dossiers et la documentation, de même que les interventions des services contre la violence conjugale dans les cas des torts associés à l’EVC et leurs interventions en vue de protéger les enfants de mauvais traitements.